Sans notes
Sur France Culture, “Vivre avec le terrorisme” nous plonge dans le quotidien des survivants

Pour “LSD, la série documentaire”, Alain Lewkowicz et Séverine Cassar recueillent la parole de proches de victimes d’attentats et de rescapés qui se disent “fracassés”. La multiplicité des points de vue exprimés est vertigineuse. Une enquête sensible et fouillée, pour ne pas oublier.

Qu’ils se définissent comme « survivants », « victimes » ou « rescapés », tous ont vu leur vie basculer ce soir-là. Quatre ans ont passé pour Emilie qui, le 13 novembre 2015, s’est réfugiée avec son compagnon dans un faux plafond du Bataclan. Mais la culpabilité ne l’a pas quittée. « Pourquoi j’ai envie de mourir ? Parce que je pose la question : pourquoi moi je suis là, et pas eux ? »

C’est avec la parole de ce couple meurtri mais solide que s’ouvre Vivre avec le terrorisme, documentaire d’Alain Lewkowicz et Séverine Cassar pour LSD, la série documentaire sur France Culture. Au travers d’une vertigineuse série de témoignages, ces quatre épisodes d’une heure chacun cherchent à prendre une ambitieuse photographie à 360° d’un pays meurtri par les 18 attaques terroristes islamistes qui ont provoqué la mort de 263 personnes entre mars 2012 à octobre 2019.

Complexité du système administratif

Dans ce flot de paroles, où l’émotion affleure et la douleur persiste, chaque histoire est singulière, et toutes construisent une image de la société. À l’instar du dessinateur Fred Dewilde, rescapé du Bataclan, dont l’art est aujourd’hui devenu un mode de survie plus qu’une catharsis. « On vit dans une société où être victime demande une grande préparation qu’on n’a évidemment pas », témoigne-t-il, comme d’autres, fatigué par les difficultés administratives et professionnelles, et cette difficulté à entrer dans une case.

On découvre, à travers le récit de la mère d’une rescapée du Bataclan, le traumatisme des proches impuissants qui se sont rongé les sangs des heures durant, attendant un terrible verdict. « Toute notre famille a été traversée, notre couple a été traversé », dit-elle, racontant sa présence nécessaire pour écouter, encore et encore, les paroles de sa fille « fracassée » — celles qu’elle ne pouvait ni garder pour elle, ni partager avec tous —, et comment parvenir à les absorber sans flancher.

“Il faut arriver à se faire entendre par une société qui refuse de nous voir, parce que c’est anxiogène.” Guillaume Denoix de Saint-Marc

Ce sentiment de solitude, d’autres l’ont ressenti avant eux, comme le raconte le deuxième épisode de la série, qui remonte avec Françoise Rudetzki — victime de l’attentat du restaurant Grand Véfour le 23 décembre 1983 à Paris — l’histoire de la fondation de l'association SOS attentats. Guillaume Denoix de Saint-Marc, dont le père était dans l’avion DC10 d'UTA, et qui a fondé l'Association française des victimes de terrorisme, fait le même constat : « Il faut arriver à se faire entendre par une société qui refuse de nous voir, parce que c’est anxiogène. Les victimes ont aussi un contentieux avec la société elle-même. Par le fait qu’on ne les reconnaisse pas dans leur singularité, elles ont l’impression d’être dénigrées. »

Services de psychiatrie débordés

Or, s’associer, s’entraider lorsque chacun est dans sa propre douleur n’est pas forcément évident. À Nice, la première réunion de l’Association Promenade des anges a eu lieu moins d’un mois après l’attentat. « Vous réunissez des gens qui sont encore sidérés pour leur demander de construire une action collective, c’est impossible, c’est du délire », a réalisé avec le recul Thierry Vimal, l’un des co-présidents de l’association, qui a perdu sa fille de 12 ans lors de l’attentat. Quant aux services de psychiatrie, ils s’avouent eux-mêmes débordés par cet afflux de personnes touchées par des troubles de stress post-traumatique.

Avec une focale encore plus ouverte, le quatrième épisode donne longuement la parole au père de Samy Amimour, premier terroriste abattu par la BRI au Bataclan, et s’interroge sur les errements de la « déradicalisation », devenue aujourd’hui « désengagement ».

”Les victimes pensent qu'on les oublie.” Denis Peschanski, historien

La multiplicité des points de vue exprimés par cette kyrielle d’interviews a de quoi donner le tournis. Mais quel autre moyen a-t-on aujourd’hui, si peu de temps après les événements, que d’écouter ? C’est ce à quoi s’emploie l’historien Denis Peschanski, à la tête de l’étude 13 novembre, un programme de recherche transdisciplinaire sur douze ans qui a pour but d’étudier la mémoire individuelle et collective de ces événements. « En deux ans, sur la mémoire des lieux du 13 novembre, on a un effondrement des références au stade de France et aux terrasses. Tout se concentre soit sur le mot “Paris”, soit sur le Bataclan. Les victimes pensent qu'on les oublie », constate-t-il. Les auteurs de ce documentaire s’assurent, à travers leur enquête sensible et fouillée, que cela n’arrive pas.


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